Mon métier ? Je suis aide-soignant

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Mon métier ? Je suis aide-soignant

Aide soignant proformed formation médicale

 

À l’occasion de notre formation au concours d’aide-soignant, nous avons choisi aujourd’hui de vous montrer l’envers du décors de ce fabuleux métier.

Dans son récit intitulé « Être soignant », Rod l’aide-soignant, nous raconte comment, au quotidien, « il accompagne les vieillards, dans la maladie qu’ils n’ont pas choisie. ». Témoignage.

 

Aider et soigner.

Je suis aide-soignant. Mon quotidien c’est l’hôpital gériatrique.
J’accompagne les vieillards, dans la maladie qu’ils n’ont pas choisie. En compagnon discret de leurs souffrances. Je ne suis pas le superman du soin ni l’Abbé Pierre de la gériatrie ; juste un soignant comme tant d’autres. Avec  mes faiblesses, mes colères et mes actes de bravoure. Ce métier est un don de soi relationnel qui recèle des trésors d’humanité inestimables pour celui qui daigne s’y impliquer avec sincérité.
J’ai compris, au fil de mes expériences et de mes rencontres que ces dernières années de notre existence pouvaient aussi être vécues comme un véritable enrichissement personnel dans la sérénité et dans l’apaisement.

Je suis devenu aide-soignant par hasard. Rien ne m’y prédisposait.
Graphiste dans une agence de communication puis licencié à la suite de son dépôt de bilan, je me retrouvais sur le carreau. La crise économique de 2008 à la puissance dévastatrice sans précédent allait finalement enterrer mes désirs d’infographiste. À jamais. Quelques mois passèrent à me démener dans une quête inespérée d’un nouveau job. Avec cette étrange conviction que tout était joué. Après des centaines de candidatures catapultées aux 4 coins de la région, après avoir essuyé des dizaines de refus, je me décidai à tout plaquer.

Et je savais que je pouvais compter sur l’être le plus indispensable de ma vie, un coach aux compétences rares, doté d’un moral d’acier : ma femme.
C’est en elle que jaillit l’idée de ce merveilleux métier : aide-soignant. Ma vie ne sera jamais assez longue pour l’en remercier.
J’ai découvert cette profession par un beau matin de juin, alors que je suivais un stage d’observation dans une maison de retraite. Au soir de ce premier jour, ma chère et tendre, curieuse et impatiente de connaître mes premières impressions, me lança :
– Alors, ça te plait ?
– Franchement, tu veux que je te dise : oui, j’aime. C’est fort, c’est humain c’est dur, c’est émouvant. On se sent utile, indispensable.
– Tu aimes quoi !
C’est un déclic qui fit surgir au plus profond de ma conscience de licencié économique une révélation qui ne devait plus me quitter : ce métier était fait pour moi.

Tout au long de mon stage, les jours se suivirent sans se ressembler. Je rentrais le sourire aux lèvres, mon esprit lové dans une béatitude et une joie jubilatoire. J’étais comme illuminé et habité par une force indescriptible. Je me suis enfin senti utile pour mes congénères. J’ai retrouvé en moi l’enfant que j’étais et qui ne supportait pas la haine. Je ne complexais plus de laisser libre court à la bonté. Ici c’est ce que l’on attendait de moi. Je pratiquais la gentillesse comme on pratique un sport de haut niveau : à fond et sans relâche. Aujourd’hui, je ne regrette en rien mon ancien costard cravate, mon siège de bureau ultra molletonné et mon ordinateur dernier cri. Finie cette course à la rentabilité, ce stress destructeur et compétition vaine. Dans ma blouse blanche immaculée, armé de mon sourire et d’une joie de vivre que j’aimerais aussi contagieuse qu’une gastro-entérite, je soigne les maux avec des mots. Je vais être sincère avec vous : je suis un aide-soignant heureux. Un point c’est tout. Ce métier beau et puissant je le transcende, je l’idéalise au quotidien. Il n’y a pas meilleur  remède à l’aigreur et à la morosité que de donner de soi et d’aider ceux qui n’ont plus rien à attendre. Ou plutôt qui n’attendent qu’une seule chose : une place sociale dans ce monde parfois si égocentrique.

 

J’ai flingué ma MSP

Deuxième stage. Première MSP (Mise en Situation Professionnelle).
C’est un examen de mise en situation pratique où vous réalisez un soin (comme une toilette) devant au moins 2 examinateurs (des cadres de santé) qui observent vos moindres faits et gestes et vous assassinent à coups de regards tueurs, de mines  désappointées et de froncements de sourcils. Tout est noté : gestes techniques, pertinence de la prise en charge, communication avec le patient, hygiène et j’en passe … Ce grand moment tord boyaux qui nous a tous plus ou moins torturé le corps et l’esprit m’a laissé un souvenir indélébile. Je n’ai pas oublié la tête de mon patient, Monsieur Marcel P. en revanche aura oublié ma trombine : il était presque aveugle. La grande messe du soin consistait ce jour-là à lui donner une douche. Je n’oublierai pas l’air suspicieux du cadre du service et de mon formateur qui m’observaient comme un animal bizarre pendant la progression et le déroulement de mon soin. S’il y a des personnes sûres d’elles en toutes situations et maîtrisant avec une dextérité déconcertante l’art de magner le gant de toilette en toutes circonstances ce n’était pas mon cas ce jour-là. C’était la première fois que je lavais un aveugle obèse et quasi dément dans une maison de retraite sous le regard inquisiteur et pour le moins perturbateur de 2 jeunes femmes en tunique blanche. J’ai peut-être été dérangé par sa nudité face à ces femmes. Une aide-soignante m’avait confié mais bien trop tard : « Quand il connaît pas les gens, Marcel, il panique. Alors sous la douche, tu as dû te marrer ! » En effet ce jour-là : il a paniqué. Et moi pareil, sous le regard réprobateur de mes examinatrices. J’ai donc accumulé les fautes, les oublis, débordé que j’étais par l’émotion, le stress, l’angoisse, enfin tout, quoi. Le pire des cauchemars ne m’avait jamais fait autant transpirer. Je finis donc tout auréolé sous les dessous de bras.
J’ouvrais les yeux à grand peine tant les gouttes de sueurs salées me bouffaient les pupilles. Résultat : je me suis vautré comme un vieux cheval de course qui a loupé une haie. Avec une note au ras des pâquerettes. Mais comment pouvait-il en être autrement ma foi… ! J’avais livré là un soin certes efficace (l’aveugle était propre : la moitié d’un flacon de gel douche y était passé …) mais peu orthodoxe dans sa pratique hygiéniste. Cette expérience m’aura appris certainement que les meilleurs soignants sont souvent ceux qui s’émeuvent et rougissent, ceux qui ont les larmes aux yeux attendris par les malheurs du monde, ceux qui se trompent et se remettent en question. Le soignant sûr de lui, inébranlable dans ses baskets que les émotions n’atteignent point est souvent celui qui me glace et m’effraie parfois par son manque d’humanité car il laissera la porte de la maltraitance mécanique s’ouvrir plus facilement. […]

 

T.O.C. en stock

Chambre 56. Comme chaque soir je vais aider Madame G. à se coucher.
Elle a 73 ans et reste d’un abord assez distant. Elle m’aime bien, Madame G. Peut-être parce que je suis le seul homme aide-soignant du service. Peut-être aussi parce que je suis le seul à se plier sans broncher à toutes ses exigences. Délaissée par un mari infidèle et qui ne s’en cache pas, elle reste murée dans une impénétrable solitude de femme trompée et résignée. « J’ai mes habitudes, dit-elle. C’est une femme qui fait ma toilette le matin et un homme qui vient me coucher le soir ! »
J’arrive dans sa chambre. Elle m’attend avec son air satisfait dans son fauteuil. Tout d’abord passage à la case « pipi ». Elle est obèse et marche lentement. Il faut s’adapter à sa démarche de pachyderme. Je ne me moque pas : c’est elle qui m’a dit « Je ressemble à un gros éléphant ! » On enlève les bas de contention, on les noue au lit bien en vue pour que l’aide-soignante pas bien réveillée du matin ne les oublie pas après la toilette. Tout est calculé au millimètre : le lit est monté au même niveau que l’adaptable, qui lui est placé à côté du lit. La carafe sur l’adaptable doit être inclinée avec l’anse face au lit, le tout entouré de 2 verres parfaitement distincts, à moitié remplis d’eau, le tout cerné par quelques magazines placés perpendiculairement dans le sens de la lecture au même adaptable. Après, il y a le rituel de passation des médicaments du soir. D’abord le Stérimar (2 giclées dans chaque narines), puis une fois couchée, 2 gouttes de collyre dans chaque œil. Et enfin, je finis par poser le Temestat entre les verres d’eau à moitié remplis. Madame G. le prendra plus tard. Après, intervient le passage de la pommade Dexeryl sur les mollets, les talons, le dessus des pieds, ainsi qu’entre les petits orteils. Puis vient la remise en place des draps ; (tout un poème là aussi) placer la couverture symétriquement et parallèlement au drap sans en laisser dépasser plus d’un côté que de l’autre. Enfin, la télévision doit être aussi parfaitement inclinée, suffisamment vers le bas et parallèlement au mur de la chambre, en face du lit bien sûr. Bon, vient ensuite la sonnette qui doit être enroulée 3 fois autour de la potence et pendre bien au-dessus de la tête de Madame G., à peu près à 30 centimètres. « On a tout passé en revue ! Je pense que là on n’a rien oublié. » À observer sa mine perplexe, je sens qu’elle a des doutes. Son regard balaie toute la pièce du sol au plafond à la recherche de l’oubli fatal. Je souris presque niaisement, le regard compatissant : « Tout va comme vous voulez ? Si j’ai oublié un truc vous n’avez qu’à sonner ! OK ? » Vite je me tourne vers la sortie, me carapate, m’enfuis, m’évade, file à l’anglaise. Je l’aime bien, Madame G. Même si j’aime repousser les limites de ma compassion et de mon dévouement toujours plus loin, grand est mon bonheur quand je quitte enfin sa chambre après que ma patience a été mise à dure épreuve. Je referme délicatement sa porte, j’arpente le long couloir du service. J’arrive dans la salle de soins, ça sonne : c’est la chambre 56, celle de Madame G.

 

Le mort aux dents

Mercredi 9 octobre. 7 h 30. Distribution des petits déjeuners.
Je me présente à la 67, la chambre de Monsieur Fernelle, suivi de Marie, la stagiaire aide-soignante. Je frappe. J’entre. Le grand-père git inanimé en travers du lit à moitié dénudé. Tête pendante, bouche ouverte, bras en croix, on dirait Jésus crucifié qu’on aurait descendu de son socle. Il est jaune, froid et bien marbré. Il est mort. Paix à son âme. Je laisse échapper un « Putain, merde ! » Parfois, la mort ça me rend grossier. L’infirmière, la tête plongée dans ses piluliers, se précipite dans la chambre pour constater le drame. Juliana, l’agent de service vient nous prêter main forte pour redresser le 1,90 mètre de Monsieur Fernelle. On le recentre sur le lit. Il rebondit sur le matelas. Rictus amusé de la stagiaire. Raoul, notre stagiaire aide-soignant reste statufié, l’air hagard, avec le plateau du petit déjeuner dans les mains :
– Je lui sers pas son plateau alors, s’il est mort ?
– Ben non. Tu penses qu’il pourrait arriver à avaler ses tranches de pain de mie ? Tu veux aller le voir ?
– Non, non. Moi la mort, je ne peux pas. Ça me rappelle mon grand-père quand il est décédé. Je n’ai jamais vu d’autres morts depuis. J’ai du mal avec ça. Je ne pourrais pas m’occuper d’un mort. » On a tous compris : la mort, Raoul, il ne peut pas. […]

 

Les familles

Il y a celles que l’on ne voit jamais auprès de leurs proches et qui un jour débarquent fièrement, l’air hautain et qui découvrent ce qu’est une maison de vieux. Ils arrivent avec leurs petites idées stéréotypées, leur vision souvent négative sur la gériatrie. Ils jugent, fustigent, critiquent avec dédain souvent. Ces petits enfants que l’on ne voit jamais et que l’on croise un jour au détour d’une chambre, qui se souviennent soudainement qu’ils ont un ancêtre qui sèche à l’hospice. Ils font une apparition furtive, c’est tout. Juste pour se donner bonne conscience, enfin juste un peu. Rassurez-vous : vous ne les reverrez plus ensuite. Quelque fois ça vaut mieux. Ce seront eux qui diront après que l’ancien se sera refroidi : « Nous, on passait le voir tous les jours à l’hôpital ! » En revanche s’ils ne viennent jamais ils ne se gênent pas pour asséner aux visages des soignants, critiques et remarques désobligeantes : « Ils ne t’ont toujours pas mis ta superbe robe vert émeraude, la belle avec les petits volants ! » Eh bien non car c’est une vraie chienlit, inadaptée aux contraintes de l’hôpital et au rythme effréné des toilettes, cette robe vert émeraude. L’aide-soignante ne peut pas passer une heure à se gratter la tête pour comprendre comment s’enfile une robe tarabiscotée façon « Autant en emporte le vent ». Non, le soignant pressé voit d’abord le côté pratique, le vêtement rapidement enfilé et enlevé.

Il y a ceux qui disent aussi : « Mamie nous a dit qu’on lui fait mal quand on s’occupe d’elle, que les soignants sont brutaux avec elle. » Moi je sais que tout le monde est doux et respectueux avec la petite grand-mère. Elle est juste démente, voire limite hystérique. Quand on s’occupe d’elle, elle nous arrache la peau avec ses ongles, nous crache à la tronche, nous déchire la blouse, nous insulte. Pire qu’une scène de l’exorciste version 3ème âge. Et on ne lui en veut pas. Elle est juste démente. On fait ce que l’on peut pour la maîtriser, avec respect, sans maltraitance en gardant notre calme. Pas facile pour nous quand elle nous empêche de la retourner sur le côté pour la laver. Pas facile à ce moment-là de lui faire lâcher la barrière quand elle a la main crispée dessus, qu’elle hurle au secours, qu’elle cherche à nous mordre et nous enfonce les ongles dans la peau. Sûr que pour la petite grand-mère non plus, ce n’est pas l’apothéose. Pour elle aussi le soin frôle le cauchemar. Peut-être nous perçoit-elle comme de véritables bourreaux. Ces confrontations parfois traumatisantes, personne ne les voit, et certainement pas les familles. Nelly me confie : « Les soignants sont comme des éponges, ils absorbent toute la souffrance de l’humanité malade ».

Il y a ceux qui arrivent endimanchés, bien engoncés dans leurs vêtements bourgeois dernier cri. Ce jour-là, un neveu tout habillé de blanc comme s’il revenait d’une soirée de chez Eddy Barclay et fraîchement débarqué de la Riviera vient voir si sa vieille tante a enfin déposé les armes. Eh bien non.
Elle est en fin de vie mais respire encore. Elle n’a plus que la peau sur les os, recroquevillée dans son lit, plongée dans un semi-coma : la vision de son corps décharné et squelettique me rappelle un documentaire historique terrifiant où l’on voyait les corps de déportés entassés dans la cour d’un camp d’extermination. Le neveu dandy, tout de blanc vêtu, là, ça lui fait un choc : c’est ça une vieille qui meurt dans son lit ? Pas très « smart » la gériatrie. Alors ce spectacle de déchéance, il ne le supporte plus, le neveu. Du coup, il va voir le médecin et demande d’accélérer tout ça, histoire d’abréger les souffrances et ainsi toucher plus vite l’héritage.

Il y a aussi les familles présentes. Trop présentes. C’est beau, l’esprit de famille. Ça fait chaud au cœur de voir le malade entouré comme ça. Mais certaines fois c’est trop. Je me souviens de cette famille d’origine espagnole. J’entre dans la chambre. 15 personnes sont agglutinées autour du malade comme des mouches sur un gâteau de miel. Elles parlent fort, rient, s’esclaffent, s’agitent, gesticulent, s’interpellent. On se croirait dans un spectacle de flamenco. Le grand-père au teint jaune cireux est rongé par un cancer en phase terminale. Il est en soin palliatif. Il est entré pour se reposer d’abord puis finalement mourir. Chaque jour, des wagons de famille se pressent à son chevet. Une tante à la voix perçante, la fille au rire niais avec son mari, un cousin à la voix tonitruante façon Luis Mariano et des amis envahissent le terrain. Le lendemain ce sont les fils avec leurs gosses turbulents qui grimpent avec leurs baskets terreuses sur le lit. Chaque jour qui passe, la chambre de Monsieur Sanchez est prise d’assaut. La famille est plus envahissante qu’une horde d’ouvriers qui occupe une usine en grève. Finalement le cadre intervient histoire de remettre tout ce beau monde à sa place. Nous sommes à l’hôpital, messieurs dames, nous n’organisons pas des soirées.

Il y a les familles pour qui vous êtes tout, sauf l’aide-soignant. Un homme pensez-donc ça ne peut pas être aide-soignant ! Vous entrez dans la chambre et le patient s’esclaffe :
– Bonjour docteur, ça tombe bien je voulais vous parler !
– Désolé je ne suis pas le docteur.
– Ah pardon ! Alors vous venez me faire marcher ?
– Moi, non. Pourquoi ?
– Mais vous n’êtes pas le kiné ?
– Non plus.
– Vous êtes qui au juste ?
– Aide-soignant ! Lisez, c’est marqué en grosses lettres bien moches sur ma blouse.

Il y a aussi les familles pour qui rien ne va. Mais alors RIEN DU TOUT ! Je me souviens de cette femme dont les 3 filles étaient là dès 11 h 30, et faisaient le pied de grue dans la chambre pour ausculter dans les moindres détails tous les dysfonctionnements de l’hôpital public. L’eau du robinet coule trop lentement, l’eau chaude est trop froide, l’eau froide est trop chaude, le volet de la fenêtre grince quand on le remonte, les bols de soupe ne sont pas assez pleins, les tranches de pain sont trop fines, la télé est placée trop haut sur le mur, le lino est trop vert, le gros spot qui éclaire la cour est allumé jour et nuit, les plateaux sont trop petits, le repas est froid, le matelas du lit est inconfortable, les soignants parlent trop fort la nuit, l’infirmière fait la tronche. Allez promis j’arrête. Mais je vous rassure la liste n’est pas exhaustive. Les filles ont écrit une lettre de 10 pages au directeur, ça valait bien ça, pour lui faire part de leurs revendications (nombreuses) et de leur mécontentement (certain). Oui, en effet, le service est indigne du Ritz. Oui, mais vous n’êtes pas au Ritz, Madame ! Ici c’est juste l’hôpital public. […]

 

Petites piques entre amis

Mercredi. Fin d’après-midi d’une journée de repos : j’emmène mes 2 filles à leur cours de « street dance ». Passage aux vestiaires. Les parents ont déposé leur progéniture. Ça rigole, ça saute, ça crie, ça piaille. La pièce est bondée, les enfants s’esclaffent et le prof est à « donf ».
Il y a Christelle, la mère d’une copine de ma cadette. Un peu du genre superficiel. La fille qui ne se soucie pas vraiment des problèmes d’autrui ni de son bonheur d’ailleurs. Elle en profite courtoisement pour me demander des nouvelles de mon concours infirmier. Je la sens venir avec ses gros sabots. Le calme arrive dans la pièce, les enfants sont rentrés en cours. Elle saute sur l’occasion, comme l’aigle fond sur sa proie, pour lâcher haut et fort avec sa voix désagréable : « Enfin, en attendant, tu es toujours aide-soignant. Tu laves des personnes âgées malades, c’est ça ? » Grand silence. Là c’est sûr : tous les parents encore présents ont bien entendu et compatissent à ma triste condition : celle d’un pauvre gars qui lave des vieux toute la journée. J’avais déjà saisi qu’elle m’assimilait un peu à une sorte de machine à laver en moins bruyant et sans le liquide à mettre dedans. J’ai joué l’indifférent. Mais je serais faux cul et hypocrite si je vous disais que ce genre de petites remarques désobligeantes ne me touchent pas. J’ai la chance d’aimer mon métier certainement bien plus que cette pimbèche n’aime le sien.

 

Quand les patients meurent, les soignants pleurent

Un dimanche de février, 9 h 30.
Tout le staff des soignants est à fond dans les toilettes du matin. Aile droite du SSR. Je bosse avec Jenny l’ASH (Agent de Service Hospitalier) faisant fonction. Elle bosse comme une pro en plus d’avoir le cœur sur la main. J’aime ce genre de collègue. Une pro. Une vraie.
Soudain des cris. Une fille hystérique entre dans la chambre double. C’est Julia l’aide-soignante. Gant de toilette en main, je sursaute, tape contre l’adaptable. J’ai failli renverser la bassine d’eau. Yeux effarés sur ma collègue Julia qui hurle dans un charabia inaudible : « Venez ! Venez vite ! » Je jette mon gant de toilette. J’arrache mon tablier plastique. Me tords le pied dans le fauteuil roulant de Madame Berthe. J’évite la chute et l’arrêt de travail. De justesse. On pousse la porte de la chambre. On court. Ma collègue me suit. Dans la chambre 66, Lisa a déjà commencé le massage cardiaque. La patiente est à terre. Madame B. est toute bleue. Cyanosée. Inconsciente. Aréactive. Plus de pouls. Massage encore et encore. On se succède. Julia tient le masque à oxygène sur le visage de Madame B. On masse encore. Les gouttes de sueurs perlent sur les fronts. Des situations d’urgence, j’en n’ai jamais vu. Juste en faux à la télé. Mais ce n’est pas le même trip. L’infirmière me dit de prendre le relais. Je n’ai plus massé personne depuis l’école pendant l’exercice sur les soins d’urgence. Le massage, je ne sais plus faire. Elle appelle le toubib de garde. Je masse. Il met une plombe à venir. « Merde on la perd ! » Défibrillateur. Électrodes en place. On ne choque pas. On ne réfléchit plus. On masse. Les images de mort s’entrechoquent dans ma tête. On est 4 autour de la patiente. L’infirmière a les yeux rouges. Deuxième fois que ce type de traquenard morbide lui tombe dessus en 6 mois. Putain de cœur ! Allez repars, repars ! On se dit que Madame B. est perdue. Plus rien à faire. Le toubib arrive. On ne masse plus. Elle est morte. AVC massif. C’est le toubib qui l’a dit. Donc c’est vrai. Silence. On se regarde. C’est fini. Madame B. est morte ce matin. Sans prévenir. Fraîchement lavée. Tout juste sortie de sa salle de bains. Elle venait de poser ses 90 kilos dans son fauteuil bleu en sky.
On a plus soigné pendant quelques minutes. On s’est recueilli autour du corps. On avait l’air un peu bête à ne pas oser se regarder pleurer. On ne savait pas que la mort allait nous rendre visite. Juste avant la messe sur France 2. On a fini par se regarder incrédules, hébétés, sonnés. On a même cru avoir rêvé. La mort nous a encore joué un sale tour.

 

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Être vieux c’est tabou. On ne les voit pas souvent nos anciens dans la réalité de ce qu’ils sont, sur la fin de leur vie. On les cache, on cherche à les oublier. Quelque part, ils dérangent plus qu’ils nous attendrissent. Quand on a un père ou une mère dément à l’hôpital gériatrique, on peut avoir honte de les montrer. Surtout quand on les trouve dans leur chambre en train d’engloutir leurs selles. Surtout quand on les voit montrer leurs fesses aux amis qui viennent les voir. Surtout quand on les observe en train de manger leur soupe avec une pantoufle. Ça fait désordre.

Nos parents devenus vieux qui incarnaient les gardiens de l’ordre moral, de la bonne éducation, du respect des codes sociaux. Tout d’un coup les voilà qui font exploser toutes les convenances et règles de savoir vivre. Dans une totale désinhibition. Et c’est dur à encaisser pour les enfants, la famille, les proches. On préfère tous penser que grâce à notre pot d’anti-rides, nos 5 fruits et légumes par jour et un bon abonnement à la salle de fitness on pourra se payer la vie éternelle. Ah non ? Zut alors.

Finalement c’est vrai : on finit bien par « passer de l’autre côté » au bout du compte.

Comme certains crédules le pensent encore, peu de chance d’y rester, pénard dans son sommeil, discrètement comme si de rien n’était. Ne rêvez pas : vous avez autant de chance de finir votre vie ainsi que d’être le grand gagnant de l’euro millions. Non. La mort c’est bien plus glauque. Quand elle se faufile je pense qu’on la sent bien passer.

Pourtant il faut bien la négocier cette fin de vie. Malgré la déchéance, la démence, la tristesse. Se confronter à tous ces états est une tâche difficile, voire insurmontable. Cette confrontation perpétuelle à la souffrance : c’est le lot quotidien de cette armée de l’ombre, les aides-soignants. Ceux que l’on ne voit pas agir mais qui encaissent les dures réalités de la vie des malades. En gériatrie ce soin de la souffrance morale et physique prend tout son sens. L’aide-soignant peut s’enorgueillir de recevoir autant de reconnaissance de cette humanité vieillissante.
La personne âgée nous paraît souvent si étrangère et inconnue. Et cependant elle est notre futur pas si lointain. Car ces vieux c’est vous, c’est moi. À court terme.

L’aide-soignant, c’est le confident. Le proche. Presque l’ami. C’est celui qui vous voit nu tous les jours. Celui qui pénètre dans votre intimité. À qui on peut confier l’impensable : son désir de mort, son ras le bol de la maladie, sa révolte, ses colères.

Il est bon de constater que nombreux sont ceux, parents, amis, relations, qui honorent notre travail et rendent hommage à notre dévouement, à notre courage. Nombreux sont les malades eux-mêmes et leur famille qui nous couvrent d’éloges et de reconnaissance. Soigner l’humain malade c’est aussi lui recommuniquer sa joie de vivre. C’est lui insuffler son bonheur.
S’il n’y avait que quelques phrases à prononcer aux malades ça serait ça : « Je vis ici en ce moment avec vous. Je participe avec vous à ce monde de vivant. Je sais que chaque jour qui commence sera un nouveau don précieux de la vie à ne gâcher sous aucun prétexte. Je suis la vie et vous devez compter sur moi. Car ensemble, vous et moi, nous serons deux pour lutter contre la maladie, la souffrance et la mort. Je serais le compagnon de votre guérison, le compagnon de votre combat. »

Ce métier m’a changé. Pour toujours. Grâce à lui, je ne regarde plus le temps qui passe de la même façon. J’ai compris que je ne suis qu’un mortel.
Alors chaque jour, j’essaie de goûter la vie comme le plus délicieux des mets. Le nouveau moi est né il y a 5 ans déjà.

Finalement je suis fier d’être redevenu ce que j’étais depuis toujours. Et heureux d’avoir révélé ce qui était au fond de moi. Un être bon. Un être soignant.

 

Source : Être soignant, Rod., l’aide-soignant. Raconter le travail.

 

NOTRE FORMATION

Présentation

Préparation au concours d’aide-soignant.

Une équipe de professionnels qualifiés, confirmés et dynamiques propose d’accompagner avec des méthodes adaptées aux exigences des différentes épreuves écrites et orales des candidats aux concours d’entrée des écoles d’aide soignante. Par une pédagogie différenciée et individualisée, nous saurons nous adapter à chaque profil.

 

Objectifs

  • Préparation aux différentes épreuves écrites et orales aux concours d’entrée des écoles d’aide-soignant.
 

Formatrices

 

MARIE MINET PROFESSEUR DE BIOLOGIE ET DE TESTS PSYCHOTECHNIQUE APTITUDES LOGIQUE ET MATHÉMATIQUES

  • Depuis 2005 : classe de remise à niveau scientifique des élèves se préparant aux concours des carrières de santé :
    • Préparation aux concours paramédicaux et sociaux
    • Préparation aux concours infirmiers Antilles en visioconférences
    • Établissement d’enseignement supérieur privé MMPP
  • 1982 : Maitrise de sciences naturelles. Université de Bordeaux I
  • 1983 : Cursus de préparation à l’agrégation des sciences naturelles

 

JOSIANE FREDON ENSEIGNANTE – RESPONSABLE DE FORMATION

  • Depuis 1999 : Cadre Responsable des Années Préparatoires, Années d’orientation et enseignante (IRFE Croix-rouge de bordeaux, Université Bordeaux I, MMPP, C. N. F. P. T.)
  • 1987 : Professeur de français, philosophie, culture générale, méthodologie, étymologie médicale, expression et communication

 

CAROLINE VENGUD JURISTE SPÉCIALISÉE EN DROIT PÉNAL ET DROIT DE LA SANTÉ

COMPÉTENCES

Formatrice en Droit depuis 20 ans, principalement dans les Hôpitaux, la Fonction Publique Territoriale, le Ministère de l’Intérieur, l’Association des Paralysés de France, IRTS, IFSI, Ecole des Cadres.

Formations ciblées principalement sur la responsabilité en institution, le secret professionnel, l’enfance en danger, la bientraitance , les violences conjugales, le droit de la famille, le droit des usagers et les devoirs des professionnels en institution médico-sociale, loi du 4 mars 2002, loi du 2 janvier 2002, handicap et sexualité, les violences éducatives, droit pénal général et spécial, les mesures de protection des majeurs protégés, la fin de vie.

DIPLÔMES

DEA droit pénal et criminologie (délinquance juvénile). Université de Pau et des Pays de l’Adour. Mémoire sur la liberté surveillée.

Assesseur au tribunal pour enfants : nomination par arrête ministériel depuis le 20 novembre 1995.

EXPÉRIENCES

  • 2017 : Le secret professionnel (institut des jeunes sourds). Bourg la reine (92) ;
    Facebook et le secret professionnel des fonctionnaires, CNFPT. Dax (40) ;
  • 2016 : La fessée : subie ou choisie ? les violences éducatives, CNFPT. Bordeaux (33) ;
    Le projet institutionnel au regard du droit : consenti ou subi? UNESCO, Paris ;
  • 2015 : Les mineurs et la loi (association le Prado). Bordeaux (33) ;
    Les écrits professionnels en psychiatrie, Hôpital Charles Perrens, Bordeaux (33)
  • 2012 : Vie intime, sexualité, et situation de handicap : juridiquement correct ? IRTS. Bordeaux (33) ;
    Existe-t’il un droit à la sexualité ? SORNEST, Dijon (21);
  • 2007 : Les enjeux de l’information préoccupante dans la loi du 5 mars 2007 (association rénovation) 2007. Bordeaux (33) ;
  • 2002 : Responsabilité du pharmacien en hôpital psychiatrique, Cadillac (33) ;
  • 1998 : La responsabilité médicale, Langon (33) ;

 

 

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ou contacter Juliette Sorin au 05 56 37 26 09 ou par mail