La prévention des violences conjugales et le traitement des signalements

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violences conjugales A l’issue du grenelle des violences conjugales, nous avons tous été glacés des chiffres rappelés et trop vite oubliés. Si la prise de conscience et la lutte contre les violences conjugales sont récentes, il nous semble que par son immobilisme étatique, les gouvernements ont induit chez chacun et tout le monde, l’idée que la violence conjugale reste principalement  une affaire privée. L’état n’a donc pas à intervenir dans la sphère intime du couple…. Cette position a laissé pendant des décennies les victimes littéralement démunies juridiquement et émotionnellement.

Le droit de la famille est de construction patriarcale, entre puissance paternelle et gestion des biens en « bon père de famille », entre la conception archaïque de la notion de devoir conjugal et son application juridique pour légitimer parfois le viol entre époux… Ces quelques exemples qui pourraient n’être que le début d’une longue liste nous permettant de mesurer l’impact de la place de l’homme souvent tout puissant dans son rôle de père, de mari, de conjoint, d’amant….

Il a fallu attendre les années 1970 pour que doucement l’égalité au sein du foyer et la place de la femme dans la société puisse commencer à trouver une légitimité…. Après quelques belles avancées juridiques et sociales, on peut actuellement estimer, bien que la femme ne soit pas encore l’égale de l’homme notamment en terme d’égalité salariale ou ménagère… que l’on tend vers cet équilibre en terme de prise de conscience sociale et personnelle de la place de la femme dans nos sociétés contemporaines.

Les violences conjugales ne sont pas l’apanage des hommes, on retrouve également des femmes violentes. Souvent, on pointe un contexte de violences précédemment commises par l’homme sur la femme et dans un acte de protection de soi ou de leur enfant, les femmes peuvent passer à l’acte…. On peut également se retrouver dans l’idée d’une légitime défense. Je vous renvoie au fait divers de l' »affaire Sauvage » qui a relancé le débat sur l’opportunité d’une présomption de légitime défense.

violences conjugalesL’idée de la femme violente reste encore tabou car on sort du stéréotype de la femme douce et bienveillante… et pourtant la violence conjugale ne peut se circonscrire à la violence masculine. Le chemin sera long encore pour que les hommes puissent se confier sur les violences qu’ils subissent tant il nous semblent difficile de libérer la parole sur ce qui pourrait être considéré comme de la faiblesse et dénoter dans l’idée de l’homme viril et fort. Les micro violences notamment psychologiques ont un impact extrêmement fort sur l’individu qui les reçoit et à ce jour malgré leur définition dans la loi du 9 décembre 2010, il reste compliqué juridiquement de les faire reconnaître. Elles sont laissées à la libre appréciation des juges et parfois dans un contexte de séparation ou divorce, chacun peut emmener des éléments contradictoires pour  invalider les attestions de la partie adverse . Il n’en reste pas moins essentiel pour chaque professionnel d’identifier un contexte violent conduisant vers la souffrance et la culpabilisation.

Les violences conjugales ont toujours existé quelque soit le milieu socio-professionnel et à l’instar de la violence sur les enfants, nous commençons à l’aube des études en neurosciences à mesurer les effets grandement délétères de ces violences polymorphes. Nous sommes tous concernés par ces violences , elles nous frôlent ou nous entourent mais jamais ne semblent nous toucher. Nos stéréotypes et clichés empêchent une conscientisation des mécanismes de la violence et de leurs effets sur les victimes. Par la connaissance juridique et  l’apport de la compréhension des cycles de la violence, des mécanismes de défense des victimes et surtout par l’étude des neurosciences qui éclairent les comportements victimaires, nous pourrons ensemble lutter contre ces violences.

La loi du 4 août 2014 pour légalité entre les hommes et les femmes  dans son article 51, inscrit une obligation légale de formation pour renforcer le repérage, la prise en charge et l’orientation des victimes. Sont principalement concernés : les professionnels de santé, de la sécurité, de la justice, les personnels enseignants et de l ‘état, professionnels de l ‘enfance…

Des outils psychologiques et juridiques existent pour libérer la parole, accompagner les victimes, optimiser les plaintes et leur suivi…. d’une façon transversale, les violences conjugales impactent également les enfants, hautement vulnérables… ils doivent impérativement être protégés et le peu de mobilisation parfois autour de la lutte contre les violences conjugales peut nous conduire au drame, fortement médiatisé sans pour autant activer une conscience collective.

L’état, suite au grenelle des violences conjugales, va acter et proposer des mesures ciblées mais en attendant la circulaire du 9 mai 2019 relative à l’amélioration du traitement des violences conjugales et à la protection des victimes devraient également permettre un nouvel élan dans la lutte contre les violences conjugales. En attendant l ‘efficience de toutes ces mesures, restons en tant que professionnel et citoyen attentifs.

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La formation proposée peut permettre à chaque professionnel ou citoyen de se munir d’outils juridiques et psychologiques afin d’optimiser le dépôt de plainte, d’accompagner la ou les victimes juridiquement, socialement, émotionnellement. En délimitant les différents types de violences, en décortiquant la loi notamment de 2010, le professionnel pourra insister dans l’information donnée à la victime sur l’obligation des policiers ou la gendarmerie de prendre la plainte sans condition suspensive, pourra également proposer, informer des solutions possibles, des partenariats existants. L’ordonnance de référé protection délivré par le JAF est un outil efficace pour protéger rapidement une victime et les enfants (ordonnance interdisant à  l’auteur de violences de s’approcher du domicile conjugal et d’autres lieux identifiés par le juge aux affaires familiales (école, travail…). La formation se propose également de travailler sur les outils  psychologiques possible afin de sécuriser la personne violentée et ainsi permettre la libération de sa parole. En pointant certaines clefs lors des entretiens avec un professionnel, la parole se déverrouille. Le comportement de certaines victimes peut sembler parfois incohérent face à l’agresseur, et ce va et vient de plainte effectuée puis retirée, les circonstances atténuantes que l’on objecte souvent pour excuser l’agresseur, la différenciation opérée entre le supposé mauvais mari mais bon papa peut parfois nous laisser dubitatif sur les intentions réelles de certaines victimes… C’est par la compréhension psychologique du cycle des violences, des traumatismes et de leurs effets, que  l’on pourra humainement et dans son éthique professionnelle accompagner en toute bienveillance une victime et lui rendre ainsi toute sa dignité.

Texte écrit par Caroline Vengud

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