Connaître son risque podologique quand on a un diabète

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Texte écrit sous la supervision du Docteur Clara Bouche – Endocrinologue, Hôpital Lariboisière, Paris

Les complications podologiques du diabète sont souvent redoutées, car elles peuvent être graves. Heureusement, elles sont évitables grâce à un bon équilibre de la maladie et à une prise en charge adaptée. D’où l’importance, pour un diabétique, de bien connaître son risque podologique.

Le diabète, facteur de risque de complications podologiques

podologiqueLa prévalence du diabète augmente dans le monde du fait de nos habitudes de vie (sédentarité et alimentation industrialisée, trop riche en sel et en graisses saturées, pauvre en fibres et/ou en produits transformés), mais aussi en raison de l’augmentation de l’espérance de vie. 
En France, 3,3 millions de personnes, soit 5% de la population, présentaient un diabète traité par des médicaments en 20151. On sait de façon établie que la prise en charge optimale du diabète2 et des facteurs de risques cardiovasculaires associés permet de diminuer le risque de complications. Pourtant, ces complications évitables restent très fréquentes. Les patients avec un diabète ont ainsi 5 fois plus de risque de présenter une plaie du pied comparativement à la population générale3.
Les atteintes podologiques sont liées à plusieurs mécanismes neurologiques, vasculaires et/ou infectieux plus ou moins associés. Encore faut-il savoir comment les éviter et réagir de façon adaptée lorsqu’elles surviennent. Il est important pour cela de bien comprendre les mécanismes responsables des plaies et les moyens de prévenir leur survenue.

Une prise en charge adaptée au niveau du risque podologique

La gravité de l’atteinte podologique nécessite des efforts de prévention qui doivent être ciblés en fonction du risque. La Haute Autorité de Santé (HAS)4 a donc défini une gradation du risque podologique afin que la prise en charge soit adaptée.

Le Grade 0

Qu’est-ce que le grade 0 ?

Le grade 0 du risque podologique signifie qu’il n’y a pas de perte de sensibilité au niveau des pieds et que vous n’avez jamais eu de plaies chroniques (ayant duré plus de 4 semaines).
Le risque est le même que dans la population générale. C’est la situation la plus fréquente.

Que faut-il faire en cas de grade 0 ?

Il convient de suivre les règles d’hygiène courantes : avoir un chaussage adapté et non traumatisant, éviter les macérations (séchage soigneux des pieds et éviter le port de chaussettes synthétiques) et les soins traumatiques (ex : utilisation d’un bistouri).

Et surtout, il faut équilibrer au mieux son diabète et contrôler d’éventuels facteurs de risque (ex : le tabac, l’hypertension artérielle, le cholestérol…).

Le Grade 1

Qu’est-ce que le grade 1 ?

Le risque podologique est augmenté par la présence d’une neuropathie, elle-même due à un diabète mal équilibré ; elle prédomine au niveau des membres inférieurs et débute par les pieds. Elle peut être aggravée par la consommation d’alcool (rarement par d’autres maladies neurologiques ou par des traitements neurotoxiques).

L’atteinte neuropathique est double. Elle peut être symptomatique (avec des signes) et très gênante, ou, plus grave, être responsable d’une absence de sensibilité (perte des signes d’alerte comme la douleur). 

  •  L’atteinte symptomatique peut se traduire par une sensation exacerbée (hyperesthésie), des sensations « bizarres » (comme des fourmillements, picotements, engourdissements, désignés sous le terme de paresthésies), ou trompeuses (par exemple une sensation de brûlure, de froid, des crampes, des décharges électriques, connus sous le terme de dysesthésies). Les symptômes prédominent généralement la nuit. 
  •  L’atteinte asymptomatique (sans signes) est beaucoup plus préoccupante. Elle s’évalue par la perte de la perception lorsque l’on exerce une simple pression par un fil de Nylon (test au monofilament) sur la peau. Elle correspond à une diminution, voire une perte des sensations protectrices (perte de la sensation douloureuse, de la chaleur, des serrements). La disparition de ces signes d’alerte va alors favoriser les traumatismes et retarder leur prise en charge. 

Que faut-il faire en cas de grade 1 ?

En plus des recommandations valables pour le grade 0, vous pouvez suivre les conseils suivants :
•    Si l’atteinte est très douloureuse ou gênante : en parler avec votre médecin car, en plus de l’équilibre glycémique, certains médicaments peuvent la soulager.
•    Si l’atteinte correspond à une perte des sensations, vous devez – vous-même ou une personne de votre entourage – inspecter quotidiennement vos pieds afin de détecter des plaies qui passeraient inaperçues. En cas de lésion, il est impératif de consulter au plus vite, même en l’absence de douleur. 
Il faut faire particulièrement attention à ne pas traumatiser son pied par des soins trop agressifs et/ou corrosifs, par le port de chaussures traumatisantes, ou en marchant pieds nus…. Si vos pieds sont très secs, appliquez une crème hydratante quotidiennement. 

Et bien entendu, veillez à contrôler au mieux votre diabète pour éviter que la neuropathie ne s’aggrave.

Les Grades 2 et 3

Que sont les grades 2 et 3 ?

Le Grade 2 du risque podologique atteste d’un pied fragilisé par l’association d’une neuropathie et d’une déformation du pied (ce qui aggrave le risque d’appui anormal et de blessure), ou d’une neuropathie et d’une atteinte vasculaire (artérielle), qui peut entraîner un défaut d’irrigation du pied.

Le Grade 3 concerne les personnes qui ont déjà eu une plaie chronique du pied et qui ont un risque très élevé de récidive et d’amputation.

Que faut-il faire en cas de grade 2 ou 3 ?

En plus des recommandations valables pour les grades 0 et 1, une prise en charge pluridisciplinaire faisant intervenir le diabétologue, le médecin généraliste, l’infirmier, le pédicure-podologue, le médecin spécialiste du pied, le chirurgien… est indispensable. 

Ces pieds très à risque nécessitent à la fois une vigilance accrue de votre part et/ou de celle de votre entourage, mais aussi des mesures de prévention actives des plaies. Les pédicures ou les infirmiers vont retirer l’hyperkératose (la corne). Des pédicures/podologues/orthésistes vont réaliser des orthèses ou des semelles pour corriger des points d’appui anormaux. Parfois, si votre pied est très déformé, vous devez même porter des chaussures faites sur-mesure. En cas d’atteinte artérielle, une revascularisation peut être indispensable.

La complexité de la prise en charge et des mesures préventives demande une importante coordination des soins, souvent assurée dans le cadre d’un réseau de santé ou d’unités spécialisées.

Que faire en cas de plaie du pied ?

Toute plaie du pied peut évoluer rapidement défavorablement. Vous devez donc consulter au plus vite votre médecin traitant ou votre centre si vous bénéficiez d’un suivi spécialisé. 

Un outil interactif et pédagogique : Pédimémo

Découvrez l’outil Pédimémo développé par l’équipe du service d’endocrinologie de l’hôpital Lariboisière à Paris !

Sources :

1 : Mandereau-Bruno L. Prévalence du diabète traité pharmacologiquement (tous types) en France en 2015. Disparités territoriales et socio-économiques. BEH. 2017

2 : UK Prospective Diabetes Study (UKPDS) Group. Lancet. 1998.352 ;837-853.

3 : Fosse-Edorh S. Le poids des complications liées au diabète en France en 2013. Synthèse et perspectives. BEH. 2015

4 : Évaluation des actes réalisés par le pédicure-podologue pour la prévention des lésions des pieds à risque de grade 1 chez le patient diabétique . 2018. Haute Autorité de Santé